...
Mon téléphone sonne dans ma poche
Je le regarde attendri
Je m’adresse au public
…
Depuis quelques temps m’appelle
Isabelle en cachette, même d’elle
là j’écoute, j’entends
des non dits, mais plus encore
le son de son jean
le froissement de ses jupes
le monde l’entourant
mais je sais …
cela ne vient pas vraiment d’elle
ce n’est pas vraiment pour moi
aussi, je l’enfourne sans tarder
mon téléphone pour que dialoguent
et se retrouvent enfin,
sa poche et la mienne …
…
Je sais,
j’ai toujours apprécié les Isabelle …
elles ont toujours un truc de spécial
un sourire des yeux, une malice
à moins que je confonde …
car, voyez vous, j’ai toujours emmêlé
les Isabelle et les Elizabeth …
et aussi les Cécile avec les Céline
(ça n’a presque rien à voir pourtant)
je connais très fort mon handicap
du coup, quand je croise une Isabelle
je compense à un point tel que j’pense
que c’est peut être une Cécile
et là j’galère car
j’ai toujours apprécié les Cécile …
elles ont toujours un truc de spécial
un sourire des yeux, une malice
à moins que je confonde …
car, voyez vous, j’ai toujours emmêlé
les Céline et les Cécile …
et aussi les Christine avec les Christelle
( ça n’a presque rien à voir pourtant)
je connais très fort mon handicap
du coup, quand je croise une Céline
je compense à un point tel que j’pense
que c’est peut être une Christine
et là j’galère car
j’ai toujours apprécié les Christine…
elles ont toujours un truc de spécial
un sourire des yeux, une malice
à moins que je confonde …
car, voyez vous, j’ai toujours emmêlé
les Christine et les Christelle …
et aussi les Sophie avec les Sylvie
(ça n’a presque rien à voir pourtant)
je connais très fort mon handicap
du coup, quand je croise une Christine
je compense à un point tel que j’pense
que c’est peut être une Sylvie
et là j’galère mais …
J’me dis bien fort :
« t’as eu de la chance, mon gars !!
dans ta génération il n’y avait pas
d’Aline et d’Alice !! »
…
à propos d’Alice …
…
Par inadvertance l’autre soir
j’ai (encore) marché sur mon chat,
MIOOUUCCCCOOOOUUUIIIIAAAACC !!!
(fit-il)
Comprenez,
moi et ma cuisine c’est une danse …
Deux pas à gauche ?
les couverts
Pas chassés ?
lave-vaisselle
Pas en arrière et demi tour ?
les bols
Puis quand je vais à mon évier,
mon évier …
je ne vous en parle pas …
Mais, bref , dans ce ballet symphonique
y a toujours un
CCCOOOUUAKK !!
(ou autre)
celui du chat
(que je dois rassurer dans l’instant)
Malgré tout,
dans ses cris distordus
il y a une magie
une harmonie de notes impossibles
un son venu d’ailleurs …
Il serait intéressant
d’imaginer mon ballet
dans une cuisine envahie
de chats …
Mes « oups ! pardon ! excuse »
s’entrecouperaient
de sons gutturaux
étranglés
écrasés
dissonants
Qui créerait l’œuvre contemporaine de référence
( au visuel toutefois très « hotte ») :
« Ballet pour plan de travail, évier et entrechats !! »
…
Je ne sais pourquoi quand je rentre dans ma cuisine
toujours,
j’inspire profondément.
C’est comme quand je fais la bise à quelqu’un :
gauche
inspiration
droite.
Bref, ce matin l’inspiration…..
…fut coupé dans son élan
par le chat
il avait tout embaumé.
Toutes mes portes Ikéa
(bien refermées)
suffoquaient, interdites
Même ma hotte qui d’habitude est
si impériale, dominante
ne savait que faire
Comment est-il possible qu’une chose si menue
puisse produire un tel Tchernobyl domestique ?
Nos vers à soie les font parfumées
notre hamster les fait sèches
nos poissons font dans l’eau
et il y a des chiens
(pour dire)
qui vont à la chasse …
Si je dois prendre ça pour une farce
disons le tout net :
J’ai droit au chat pitre …
…
C’est tout mon chat Pimousse ça
Il crapahute dès le matin
monte la butte, mange les herbes
défend son territoire mais aime
faire des roulades avec Sushi
des manières avec Coquine
scrute le moindre vent
filature les fourmis
coince les mouches,
sa bulle
dès qu’il peut
Il parle dehors
je l’entends
parle seul souvent
s’agitant
Il rêve de gouttières
mais est si peureux
qu’il oublie …
Il attrape sa queue
qui s’enfuit
dès qu’elle peut
Pimousse est un sacré aventurier
le jour
qui aime revenir le soir
faire caca
…
Ce n’est pas de tout repos la vie de cuisine, preuve en est…
…
Je me suis fait attaqué, croyez vous ?
par la célèbre pate à tartiner au noisettes
avec une petite cuillère par surprise, hop !
alors moi, pensez-vous, j’ai une fierté,
zou, blam ! dans le lave vaisselle …
Mais ceci est mal considérer la coquine,
c’est par le biais d’une grosse cuillère,
carrément, qu’elle voulut se venger,
c’est ainsi qu’après l’assaut de mon palais,
son arme termina dépite dans l’évier …
Et là, prise de folie, elle m’assiégea,
avec une grosse banane, des biscuits,
une pointe de couteau et plus encore,
tout ce qui lui tomba sous la main,
la bagarre fut rude mais j’en vis la fin …
par manque de pot …
…
A propos de pot, dans mon frigo il y a ….le dieu piment
…
O Dieu Piment !
tu as trouvé grâce
refuge et autel
au fond d’mon frigo
sache qu’a hauteur
de mon regard je te prie
de ne pas me tenter
de ne pas me faire mal
tu es pour moi
une Ferrari
que si je conduis
en fossé je finis
un viscéral geyser
où doubles effets kiss-cool
me font crier ma mère
O Dieu piment !
quand ma main te touche
que savons et douches
ne peuvent t’enlever
que mes doigts en bouche
savent me rappeler
que yeux et nez
il ne faut pas effleurer
qu’il faut se retenir
d’une envie pressante
pour ne point être luciole
à un gênant endroit
O Dieu piment !
si l’oiseau de Martinique
file la …
toi tu sais, l’antillais
me rendre avion
à et sans réaction …
…
Toujours m’impressionne
ce placard de ma cuisine,
non, pas celui des couverts, bien rangé,
celui des pates, bocaux et farines
Dès qu’ouvert, il dresse remparts,
me disant :
« hop ! passez votre chemin, ne voyez-vous pas ?
c’est complet ! »
ne semblant point disposés à laisser entrer
d’autres boites, d’autres paquets
comme si l’intrus par ma main intronisé
allait percer le secret de son fond oublié
où les graines mités et les conserves bombés
tiennent les autres en bouclier et en respect
alors … pour insérer l’achat fraichement acheté
de la porte je me sers souvent de levier
je les entends couiner, s’écraser, s’esquicher…
passé un moment, celui du silence restauré
j’ouvre à nouveau et les vois pavoiser
me dire sans sourciller :
« hop ! même pas mal
passez votre chemin, ne voyez vous pas ?
c’est complet ! »
…
Et là juste au dessus du placard :
;;;
« Prenez celui-ci c’est le plus puissant »
par ce biais voici comment
le grille pain chromé
dans ma cuisine débarquait
des bouts de pain innocents
allèrent le saluer
cherchèrent dans ses flancs
où se réchauffer
mais n’eurent comme réponses
qu’enfer et brasier
et d’amitié ? pas une once
de la mie cramée
et depuis toujours
j’assiste aux massacres
je coupe le courant
et ne peux agir
car bouts de doigts échaudés
de lui restent loin
attendant si vraiment
il sait refroidir
grille pain tout chromé
dans ma cuisine fait flotter
l’odeur du brulé
le frisson du danger
…
Je vous ai bien dit que tout était en ordre dans ma cuisine ?
rappelez-vous deux pas à gauche… ?
pas chassé… ?
pas en arrière et demi-tour ?...
…
Logiquement
chaque chose devrait avoir sa place
chaque place devrait avoir sa chose
c’est, pour moi, une philosophie
l’avantage ?
c’est qu’on ne cherche rien
hop on trouve de suite
sous la main
mais dés qu’on trouve l’objet
on touche à l’ordre des choses
on le déplace
mais …
pour le mettre où ?
à la place d’une autre chose
se déplaçant aussi
sur la place d’une autre chose
bon …
calmons nous …
s’il y a que trois choses
ce n’est pas trop grave
je maitrise
ça fait comme une ronde
et là en faisant bien gaffe
de faire trois fois trois neuf
neuf déplacements calculés
tout revient à sa place
( hop !)
bon , j’m’applique
mais en fait
c’est souvent la pagaille
…
C’est comme
…
mon robinet
n’importe quel robinet
a l’eau chaude à gauche
l’eau froide à droite
rouge…gauche
bleu…droite
chez moi, non
c’est vers moi
ou pas vers moi
de plus,
je me suis trompé
dans les branchements
ce qui fait que le bleu
(vers moi)
s’est transformé en rouge
(dans ma tête)
Donc
jusqu'à maintenant
l’action d’ouvrir la vanne pas vers moi
est pour l’eau…froide
les tubes ont explosés
j’ai tout réparé
remis dans l’ordre (et hop !)
là, à présent je sais !!!
ouvrir vers moi c’est …
pour l’eau froide …
…euh …
à moins que …
non …
…
Et voilà, avec tout ça ce qui devait arriver arriva.
Je ne sais plus, accrochez-vous,
je ne sais plus où je suis …
J’ai déjà perdu mes clefs,
souvent même,
il faut dire qu’elles se logent à de ses endroits,
elles n’y mettent pas du leur …
J’ai souvent perdu la tête,
mais bon,
je me rassurais toujours,
me disant :
« je l’ai à portée de main » …
Mes téléphones ?
(deux de l’operateur, deux du Fournisseur internet,
un du boulot, un mobile perso)
Ça, tout le temps !
m’enfin,
dés que j’en trouve un,
j’appelle les autres.
Ces fils phoniques les rendent cousins,
enfin demi-frères
( ils ont le même père )
Ce matin même, j’ai perdu mes chaussures,
vous m’auriez vu crier partout :
« CHAUSSURES,CHAUSSURES, AUX PIEDS !!!! ».
J’avais l’air débile.
Car effectivement,
comment voulez vous que des chaussures me répondent ?
Ce n’est pas parce qu’elles alternent
entre le plancher des vaches et
le fait de voler au raz des pâquerettes
qu’elles accepteraient le fait d’être mises plus bas que terre.
Car lacets de mon impatience,
ni l’une ni l’autre fit un pas en avant.
Je les soupçonne même d’avoir,
à ma vue,
tourné les talons,
se répliquant une à l’autre :
« Mais, de quoi il semelle ? ».
Le problème, voyez-vous,
c’est que je me rappelle toujours
où se sont les choses,
historiquement,
mais jamais jamais
dans l’actualité …
Alors du coup je cherche cherche
partout où l’aura d(u)(e la)disparu(e) erre
et je m’attarde sur tout ce qui n’est pas à sa place
ceci jusqu'à perdre de vue ma quête …
Je n’aime pas perdre de vue
les gens que j’aime
les choses aussi.
J’ai un aspirateur sans sac
Avec un corps transparent
l’autre jour …Ppffffvouppp …
il a avalé un bout de bolduc
il s’est trouvé plein d’amis
ça fait un air de fête dans l’aspiro
de carnaval et de samba
position moquette ? c’est du tango …
Enfin bref, je m’égare,
encore,
revenons à moi...
MAIS …
où est le chemin ?
oui , rappelez-vous ,
je vous ai confié le fait que je m’étais perdu.
Je ne pourrais pas vous dire où,
car sinon, j’irais me chercher dans l’instant …
J’suis perdu, perdu, perdu.
Le dernier souvenir que j’ai de moi c’était …euh …
EN TOMBANT DE L’ESCALIER !!!!
Apres ? … euh ….plus rien …
je devrais retourner là-bas voir si j’y suis
mais comment ?
à pieds ?
mais faudrait-il que j’ai des jambes
pour les porter ses pieds
dans des chaussures que je n’ai pas vu
car je n’ai plus d’yeux …
Car de moi,
j’ai tout perdu,
depuis dans l’escalier la chute,
la chute de cette histoire
cette histoire
sans queue
ni tête
…
après un tour sur moi-même,
réconfort
,je me suis retrouvé
Manifestement, je bataille avec des choses sous mes doigts
(Bruits de sachets en plastiques)
…...
Au supermarché
Sachez que sachets
toujours me résistent
mes mains se crispent j’humecte, fricote chauffe, débats, frotte les insolents contenants
les ménagères me tannent les fesses par caddies
« oups ! pardon , excusez moi »
« il n’y a pas de quoi »
Alors mes quêtes reprennent me suis-je trompé de coté ? pourquoi les autres et pas moi ? ai-je des trop gros doigts ?
et tout autour à la ronde les sacs toujours s’emplissent me laissant seul, seul au monde parmi courgettes et navets
dans chaque rouleau il y a quelques sacs oblitérés ils me traquent et m’attendent dès mon bout de nez pointé
dans ses combats prémédités victoire je veux souhaiter et dans l’espoir d’une poêlée je m’en vais voir aux légumes …
…surgelés
…
Je suis contrarié
…
Et voilà !
Ça c’est le truc qui me rend complètement fou.
Le moment où, arrivé au supermarché je me rends compte que je ne sais pas où se trouve ma liste de course. Cette feuille de bristol à petits carreaux vert pale cartonné que j’ai décroché des autres juste avant de partir.
Je me rappelle bien, l’avoir fait glisser de la pince à linge du support mural de condiments , non sans avoir recadré toutes ses autres fiches bristols vert pales consœurs . Mais là, où s’est elle cachée ?
Je me rappelle tout d’elle, la texture de sa peau, le son qu’elle fit quand elle se plia sous mes doigts, puis, son regard quand je m’approchais…
J’ai en horreur l’idée qu’elle soit seule, qu’elle ait peur, nous qui avons déjà tant partagé … ces moments où l’appréhension de manquer de café, de chapelure s’estompait quand elle s’écrivait si bien, sans crisser un instant.
Nous qui avons tant ri lorsque nous avons vu ensemble que les cornichons et les concombres se suivaient comme des enfants précédant leurs mamans.
Puis que dire de son désir de séduction quand elle me proposa un jour, au détour d’un regard l’air de rien, de n’acheter que des articles en c pour qu’elle ne me paraisse jamais négligée.
Oui, ainsi tout les c se retrouvaient convenablement alignées sur la ligne verticale du deuxième petit carreau, ce qui convenait parfaitement à ma cuisine, elle si coquette et soucieuse de le rester (nous en avons parlé ensemble justement hier soir). Cela scella entre nous trois un grand moment d’harmonie…
Où est-elle ? Veut-elle éprouver mon attachement ? Ressentir ma souffrance de tant de négligence ? Moi, qui d’habitude la cale avec soin dans le coin de mon cabas calé dans mon caddy, qui la sait là, me rassurant de sa présence.
Entre nous ces mots que sont cidre crêpes crevettes carottes choux canards comté crépinette camembert champignon ciboulette chocolat croquettes de chat cacahouètes cookies confiture de coings côtelettes sont autant de promesses d’amour dont les c alignés sont des parenthèses jamais fermées… des horizons ouverts …
On pourrait me dire : mais tu n’en a pas besoin, tu prends toujours les mêmes produits, méthodiquement et chronologiquement selon ton rituel parcours dans l’hypermarché … vous ne pouvez pas comprendre….pas saisir les concessions mutuelles qui m’ont fait renoncer au Pepsi pour le coca, qui la laisse des journées entières dans la cuisine à m’attendre, sans jamais un reproche ...
Chaque semaine, c’est comme si nous réécrivions notre histoire, l’exaltation d’un territoire vierge où tout renaît, savoir alterner les différentes couleurs de stylos bille pour se surprendre, et dés fois, soyons fous, se saisir d’une plume et d’un encrier pour nous rapprocher … nous rapprocher de l’extase du samedi aprèm …
Je vous le dis discrètement, je ne l’oublierais pas, main sur le cœur …… oooohhhhh, mais j’y croooiiiiiis paaaaaas …. Dans la poche de ma chemise, bien lovée contre moi, comme un papillon blessé, fragile, à ma merci d’un oubli dans la machine à laver.
Ah au fait, la machine à laver dans le cellier près du frigo, quand j’y repense …
Quelle vieille vache !!!
…
Oui, parce que avec mes affaires,
Elle n’est pas toujours chouette
Comme avec mon pantalon
…
Mon 43 fait que
mon 42 me serre
doit se fermer allongé
debout me fait rester
ou alors déboutonné
(si braguette surveillée)
mon 44 est lâche
il me (et se) laisse tomber
me fait porter mon choix
dans des caleçons coordonnés
mon 42 me blesse
m’empêche de respirer
d’écarter trop les quilles
sous peine d’être aéré
mon 44 descend
mon entrejambe à mi-cuisses
me modère dans mes élans
d’écarter trop guiboles
sous peine d’être aéré
et quand le
CCCCRRRRAAACCC !!!
arrive
une fois la honte passée
je me vois dans la joie
de l’avoir enfin
mon 43
…
Je fouille dans mes cinq poches du pantalon
J’y sors plein de trésors
Je trouve enfin mes clefs
…
Mes sorcières de poches …
( les brandissant tel un trophée)
On peut les applaudir
Mes clefs ont des pouvoirs …
de s’envoler, se cacher, disparaître
dés le moment où…
j’en ai besoin …
elles ont le talent de trouver l’endroit où…
il n’y ait pas de logique à ce qu’elles y soient
pour que, soi-disant, malines
je n’arrête pas d’y penser
mes clefs ont des pouvoirs
je n’en suis pas peu fier.
…
Justement, ce matin,
je n’ai pas vu mes clefs
alors hop, sans hésiter,
j’ai pris les doubles …
Mais bon, pour me rassurer,
j’ai cherché si j’avais le doubles des doubles.
Car, comprenez-moi bien.
Si je perds mes clefs,
mes doubles deviennent …
mes clefs …
Là, mes doubles de doubles deviennent des doubles
et pour être pleinement serein
il m’est important d’avoir
un double des doubles des doubles.
Car, entre nous,
machiavéliquement,
toutes ses clefs font les folles la nuit
et se cachent au matin …
…
Dans la nuit, il n’y a pas que mes clefs qui s’agitent :
(Je vais vers un support et je fais )
…
Toc …toc toc toc toc…toc toc…
Chaque soir vers minuit
sur un palier voisin
un code s’active
toc …toc toc toc toc…toc toc…
quels acteurs, quelles quêtes, quels scenarii ?
se jouent, se nouent, se dénouent ?
mon désir poète,
de flottement dans mon profond sommeil
font que je ne veux pas savoir …
au point qu’importe si la porte
nait qu’au fond de moi …
…
au fond de moi j’ai aussi ça …. (mon rire)
…
Savez-vous mon rire ?
un idiot que je me suis inventé
rentré en moi naturellement..
s’échappant en alien , régulièrement .
dés que trop décontracté, en confiance,
il s’envole, le captif indomptable,
et que de l’entendre, de l’entendre
ça me fait rire, rire… et tout autour …
j’ai peur
de lancer sans l’arrêter un jour
une boucle sans fin
une ronde
des tordus en deux …
…
Tordu en deux ça n’arrive pas que par le rire.
Ça arrive aussi grâce au sport, non ? …
…
Les sportifs sont des cons
j’me disais souvent
errant dans les rayons
du décathlon
leurs yeux avides d’équipements
de paraître et
d’objets ridicules
mon adrénaline à moi ?
c’est les mots
avec ?
j’escalade, saute, dévale
me fais peur et
me projette
eux ?
passent à la caisse avec délectation
s’apprêtent à
se crisper les muscles
se courbaturer le tout
en être fier
les sportifs sont des cons
j’me disais souvent
à dépenser leur kilojoules
sur des buts dérisoires
puis
dans ma vie est arrivé
le badminton
félin , malin , racé
partout en criant
j’bondissais
ces trajectoires folles
ces feintes et amortis
ces « le long de la lignes »
ces « au raz du filet »
m’ont rendu fou
tant et si bien
que
j’passais mon temps
au décathlon
là j’assortissais les tenues
avec frénésie
et toujours au moment
d’payer , j’me disais
ah , si j’avais pris la carte !
car comprenez ces
« fond du cours »
« juste dans le coin »
« inclinaisons d’poignets »
« contre-pieds »
m’ont rendu fou
à un point tel que
j’me suis peté l’genou
et
j’me dis bien plus encore
qu’avant
les sportifs sont des cons …
…
Non ?...
Savez vous qui m’agace aussi ? …
Mes voisins …. Et vous ? …
…
Mes voisins sont idiots
ne se garent pas comme moi
ne réagissent pas pareil
s’exclament à tous vents
font comme s’ils étaient seuls
La constance d’un voisin
c’est, qu’il n’a pas son pareil
pour exaspérer
le sien
Mes voisins se traquent
s’épient et mendient
des miettes de l’autre
pour s’en repaitre
en société
jusqu'à
satiété
c’est une constance que
de trouver son voisin
idiot
à un point tel
que je me demande
ce qu’en pense
le mien
…
Sonnerie de portable sonne
Je le regarde attendri
…
Tel un battement de cœur, régulier
il revient toutes les deux heures
se rappeler à moi
comme une caresse.
quelqu’un me pense
incessamment , métronomiquement
ne me laisse aucun message
le démystifiant, le déphantasmant .
un dialogue vibrant
puis musical
le garant receleur
est l’obsédant harceleur
appel masqué de mes nuits et mes jours
je t’aime …
…
Ah , l’amour … l’amour , bien plus encore pour ma glacière …
Si vous saviez depuis combien de temps je l’ai …
Laissez-moi-vous conter une histoire commencée avec elle depuis 5 ans environ …
…
Un lundi matin, comme tant d’autres,
ma tête fourrée dans le fondement,
je pris ma glacière, amoureusement.
Elle avait, surprise, un long drap de tulle accroché.
J’ai compris son message, elle voulait se marier …
Elle, ma compagne m’ayant été si souvent fidèle,
voulait voler de ses ailes, s’éloigner du péché.
En cet instant, j’ai compris son manège,
ses yeux doux et ses manières pour mon thermos.
Je me suis senti trahi,
mais face à l’amour que faire ?
Après tout, lui aussi avait droit au bonheur …
Lui qui comme premier amour avait la cafetière
passant toujours à ses cotés sans le voir
(elle était sacrement culottée).
Que dire de sa passion avec la bouilloire,
frémissante pour lui en ses cris stridents.
Puis de la bouteille d’Evian, sortie du frigidaire,
soufflant le froid dans son chaud …
Je compris d’un coup,
ils sont faits l’un pour l’autre.
Il se blotti dans ses coins, sécurisé, bien calé.
Et ils partent chaque jour, lui dans elle,
se fondre, comme dans un même corps .
Ce matin, quand je les aies réunis,
Je les aies vus, convoler ensemble …
Je fus ému, jaloux, mais après tout qu’importe
de par mon amour pour elle, je ne veux qu’une chose
Qu’elle soit infiniment heureuse ...
Ma douce glacière … au regard vert …
…
Mais la vie n’est pas si simple,
vous les imaginiez dans l’horizon,
l’anse dans la poignée,
plein de petits sacs isothermes autour,
mais …
depuis la glacière s’est entiché d’un jeune,
avec moins de contenance certes, mais …
le vieux thermos, avec le temps, avait des fuites,
toujours aussi chaleureux mais …
dans l’obligation de rester droit …
Je l’aperçois dés fois dans le cellier,
avec pour seul espoir un hypothétique vide grenier,
dans ces moments – là,
je n’ose pas lever les yeux vers lui,
je me sens lâche.
Bien plus encore, quand je lui offre un café …
je sens qu’il n’y croit plus.
C’est sans cœur une glacière, vous savez ?
c’est froid de l’intérieur …
…
Depuis, j’ai réfléchi,
ma glacière est, après tout,
toujours restée à mes cotés,
une fois, je me rappelle, je l’avais gravée,
d’un z qui veut dire Zorro,
qu’un quart de tour transforme en
N qui veut dire Nono,
gravée pourquoi ?
pour ne pas la confondre d’une jumelle
comme si je pouvais me tromper
c’était l’insulter, la déprécier,
ses manifestations étaient, je pense,
des appels au secours,
pour que je revive à ses cotés,
sans m’endormir,
sur tout ce que nous avions partagé …
…
Il y a des phases dans l’amour et successivement
les moments où on tombe amoureux
ceux passionnés
ceux d’amours purs
ceux de tendresse
et ceux …
ceux qu’on craint d’arriver …
Quand je regarde ma glacière …
je sais…je sens…
bientôt elle va me lâcher
et me déballer, déverser
tout le fond d’elle …
Pour me défendre
il faut dire que dés fois
elle s’avérait un peu lourde
je ne l’ai pas ménagé, c’est vrai
mais …
Tout à une fin, faut dire
il arrivera bientôt, je sais
le moment où
me tenant par la main
son corps m’échappera…
Mais
que faire…
quand se profile l’inéluctable ?
car malgré tout
je l’aime …
…
J’aime, j’adore aussi mes chaussettes …mais souvent elles se dépareillent et disparaissent ...
Je pense que c’est au sein de la machine à laver que leur plan d’évasion prend forme, comme si la quête d’une chaussette
n’est que de devenir célibataire
…
L’univers nouveau et fantasmagorique des chaussettes englouties
Le son des tambours ne réveille t’il pas
un trou noir, une faille spatio-temporelle
un pays à chaussettes disparues
là dans ce monde se cherchent :
la gauche et la droite en harmonie,
l’écossaise et la rayée
la fantaisie et l’unie
la laine et le coton
la mi-bas et l’hivernale
à cloche pieds se câlinent
et dansent …
leur nouvelles libertés ….
…
Quelqu’un, que je ne connais pas, pourrait m’aider dans mes recherches, à tout hasard, voici pour lui une lettre ouverte.
…
Cher monsieur le cambrioleur …
Je m’adresse à vous sans tarder car je me rappelle avoir souhaité très fort, très intensément votre venue prochaine en ma demeure …
D’autre part, pensant à vous et ayant bien conscience de la pénibilité et de la précarité que votre travail engendre, j’ai eu quelques attentions à votre égard.
En effet j’ai, de ci, de là, partout disposé, un peu caché, diverses choses m’étant chères.
Ceci dans le but avouable d’égayez quelque peu vos quêtes, scellant par distance entre nous de forts moments de complicité.
Ce petit jeu, je vous l’accorde, me fait profiter un peu abusivement de vos services.
Oui, cher monsieur, grâce à vous et dans l’élan que vous m’auriez donné, je comptais, après votre passage, tout bien ranger, reclasser et faire le tri de mes affaires.
Puis votre passage, c’est le plus important, m’aurait permis de me recentrer sur mes cotes trop matérialiste.
Je voulais aussi, si cela ne vous avait pas trop dérangé, que vous m’aidiez à mettre à jour quelques cachettes devenues obscures.
En effet, cela faisait un moment que des livrets d’épargnes m’inquiétaient. Il y a, entre nous, tant de temps que je ne les avais point aperçus qu’il m’arrivait même de douter de leur possible existence.
L’office du temps aidant, il arrive que des champs de batailles recrache bombes et ossements, que les marrés ramènent les esquifs et les bouteilles jetées.
C’est ainsi que dans le déplacement d’un mal aimé pull réapparurent mes livrets rose et jaunes.
Je sais, cher monsieur le cambrioleur, que vous n’êtes pas à mon service et qu’au vu de votre agenda je me dois de ne pas abuser, mais … bien que d’autres choses restent encore égarées, je pense, s’il vous est possible, de différer un peu votre passage chez moi …
Comptant sur votre compréhension, vous remerciant de votre écoute et votre dévouement, veuillez accepter, cher monsieur le cambrioleur, l’expression de mes plus sincères considérations …
…
Pour ce qui est de perdre des choses mon enfant n’est pas mal non plus
…
Mon enfant a perdu sa pantoufle
gauche
ça le rend dingue
on lui met la pression
il cherche, tournant en rond
autour de son pied chaussé
et nous on lâche rien
on lui dit :
« cherche cherche CHEEERCCHE »
le voilà derviche tourneur
au milieu du salon
« et t’es allé voir sur la mezzanine, au moins ? »
le voilà qui y va
« NOOOOOOOOOOONNN !!!
va y pieds nus, c’est trop dangereux, trop pentu »
et là en haut, regardant par terre
il s’aperçoit de quoi ?
qu’il avait perdu sa pantoufle
droite
ça le rend dingue
on lui met la pression
…
…
…
Quelle panique, c’est comme quand …
…
L’autre soir, rentrant chez moi et gêné par le soleil couchant, j’ai pris les lunettes de soleil que mon collègue avait laissé là.
Les rayons passés, je les remontai dans mes cheveux, bien mal m’en a pris car jamais, jamais, je n’ai pu les retrouver …
Un bruissement léger dans mes mèches aurait du m’alerter, surtout qu’il fut suivi d’un petit débattement désordonné (sans doute une branche réclamait désespérément de l’aide) mais après …
Plus rien …. aucune trace de vie …
Puis que dire sur le fait que je me sens obligé de geindre perpétuellement me donnant l’excuse d’une sale migraine ,puisque ma main gauche y est également emprisonnée…
De plus ma femme me demande si c’est une nouvelle excentricité de ma part coté coiffure d’avoir ce fil électrique et sa fiche male qui pend sur le coté.
Je ne pourrais pas cacher éternellement la disparition du séchoir
Et si vous saviez les efforts de persuasion que j’ai du déployer pour lui expliquer qu’il était plus tendance de circuler en décapotable en plein hiver.
Oui, puisqu’un jour je suis rentré dans ma camionnette sans me baisser assez (ce qui fut fatal et emporta tout de go, toit, galerie, échelles et escabeaux).
Sans vous vous parlez de l’effroi ressenti lorsque derrière une file d’une dizaine de personnes à la boulangerie, quelqu’un m’appela dans mon dos. Je me retournais et aussitôt la vendeuse me clama :
" Bonjour monsieur, c’est à vous " …
Depuis, entre nous, je rase les murs (mais pas trop, volets volés m’oblige).
Il va me falloir choisir dans l’urgence, la taille ou l’écobuage, car comprenez moi, mon appréhension est que lentement, dangereusement, sur moi mes cheveux retombent
…
Ceux qui n’ont pas peur de moi, ce sont bien mes garagistes
…
Mes garagistes m’adorent
c’est l’idée que j’aime avoir
ils lèvent les bras au ciel
changent de trottoir
pour venir me voir
me voir piéton car
ils m’ont peu laissé d’argent
pour l’essence
ou juste assez pour
me déplacer vers
la panne d’après
la ville d’après
où de nouveau
un garagiste m’aimera
lèvera les bras au ciel
changera de trottoir
pour venir me voir
me voir piéton
forcement
…
J’ai mon truc pour les éviter,
pour éviter tout le monde d’ailleurs …
…
Que ce soit en ville, en campagne, en plein désert,
par temps clair, ombragé, sous les grêlons, de nuit,
j’ai la faculté d’un fort regard circulaire…
aigle ou lémurien d’une autre vie
j’évite ceux qui peuvent me reconnaître,
c’est alors que …
je fond dans les murs,
je rase les plinthes,
je m’envole au dessus
ou je creuse en dessous,
je deviens transparent …
j’y arrive si bien que je me demande souvent
si quelqu’un me connaît…
…
Par contre ma femme tout le monde la connaît,
c’est madame Populaire, l’instit du village, pour passer inaperçu avec ça j’suis servi …
Puis être mari d’instit ça pose un sérieux autre problème,
vous savez ? … laissez-moi-vous dire
…
Avant les éboueurs, les corbeaux, les fourmis,
les asticots, les moineaux, les souris,
agit l’institutrice …
guettant toutes boites, bouchons, gobelets,
pots de yaourts, rouleaux d’essuie-tout,
de w-c,
pour si jamais …
une application, un projet pédagogique,
un cadeau de fête des mères, une idée du ciel,
les incluaient …
chez lui, le mari paralysé de ne pas savoir,
si tel objet est pour la poubelle, l’étagère, le garage,
est dans l’attente ….
chez eux, mille choses flottent, entre vie, mort , sursis ,
dans l’espoir de s’en aller promener …
sur le chemin de l’école …
…
Vous voyez l’problème ?
Dés que j’en ai marre, je monte à l’étage, oh, au fait…
…
J’ai chez moi un escalier, je ne vous dis pas …
Bon finalement oui
(mais parce que c’est vous, mais c’est un secret pour l’instant).
Chaque matin, une fois que je l’ai descendu je fais un bond dans le temps de quatre minutes
(sur le four, le dvd, le réveil de Léo, etc.).
Quatre minutes comme ça, volatilisées, dingue…dingue !
Du coup, pour vérifier, hop, hop, je remonte vite,
le temps avec, car là partout
(sur l’ordi, le routeur, le réveil de Valérie)
je regagne les minutes perdues.
Que se passerait-il si l’escalier était plus long ou plus court ?
(et surtout quelle essence fait un effet si super ?)
Si je le démontais pour le montrer, l’exposer, le breveter ?
(s’il est en chêne, puis-je le changer ?) .
Je me vois mal chez un homme d’affaires avec lui débarquer,
(un escalier, peut-on l’avoir en hêtre ?)
le monter à moitié pour lui faire voir …
(ce serait beaucoup de travail que de le refaire en bouleau ?)
…et lui dire qu’en haut c’est plus tôt alors que lui est en bas ? (l’effet serait ralenti s’il était en frêne ?).
Puis est-ce vraiment pratique ?
Vous perdez vos clefs dans une bouche d’égout par exemple …
Là, vous vous dites :
« Oh là là , mais comme j’aimerais revenir quatre minutes en arrière , mais c’est bien sur ( j’suis bête ) y a mon escalier !!! » ,
Vous le dépliez,
(s’il est en peuplier, peut-il se plier ?) ,
et là tout en haut, en haut,
comment faites vous pour vos clefs tout en bas, en bas ?
Puis, entre nous, mon escalier
(qui me rend barde, j’ai de la veine de l’avoir, je ne suis pas de bois)
rentre dans le sol, il a ici ces racines …
Il restera là, un point c’est tout,
avec ses secrets, tant …
… notre histoire marche ….
…
Chez moi, il y a aussi un autre secret.
…
la lumière du frigo …
On a beau me dire qu’elle s’éteint
une fois le dos tourné
ou
la porte fermée
je doute
j’ai beau tout essayer
la prendre par surprise
ou
de vitesse
faire semblant de partir
me raviser
aller toucher l’ampoule
rien n’y fait
ou
ne prouve
pour m’ôter ce poids
je me vois dans la quête
d’avoir un nouveau copain
un petit lutin ?
…
Sinon, j’ai un vrai petit lutin à la maison, mon enfant
…
Je lui ai dis que …
J’étais un agent secret,
ma cicatrice au poignet
cachait un petit micro
pour joindre l’organisation …
C’est un secret entre nous,
il a pour mission
de repérer le tueur
lancé à mes trousses.
( il s’agit de Johnny Clegg ,dit l’embrouille , il est grand , cheveux blond hirsutes et frisés , lunettes de mouche , pantalon écossais , veste rouge)
Je lui ai dis que …
Quand je passe l’aspirateur
la voisine se colle au plafond,
que la chasse d’eau se déversait
dans sa chambre d’en dessous ...
Il croit que …
Les voitures ont des yeux …
Les avions des ailes …
Les pierres de lune se raccrochent la nuit …
Il a croisé les enfants de Mary Poppins,
Il va chercher en lui très loin,
les choses que le temps oublie.
Il part en courant faire pipi
et se retrouve … dans sa chambre …
Sur la pointe des pieds, et des nuages …
Il s’élève … mais dans les demi-tours,
s’étale, dès fois au milieu du salon …
Mon petit prince charmant …
…
Bonjour monsieur le soleil, bien dormi ?
que le nuage s’en aille,
sinon, je le bois avec ma paille
(Léo 4 ans)
…
Des beaux rêves purs ?...
je m’en rappelle un peu …
ceux de mon enfance …
…
Mes jambes pendaient
par dessus la chaise
métronomes incertains,
sans envie, je regardais …
cette purée tiède,
où survivait du jambon
lambeaux de corps ?
d’un naufrage ? d’un radeau ?
" MAIS MANGE !!!
QU'EST-CE QUE TU ATTENDS ?
ça fait grandir !"
je n’étais pas convaincu,
je ne voyais là rien de magique …
juste une assiette trop grande
se remplissant par dessous …
un gros mensonge …
j’ai tout mangé,
je n’ai jamais grandi …
Mes jambes pendaient,
s’amputaient lentement,
du frottement de la toile,
cirée, tombante, rouge sang …
c’était un adversaire impressionnant,
aux cicatrices visibles, profondes,
d’avoir combattu mille couteaux
tant cruels, avec les saucissons …
" MAIS MANGE !!!
A QUOI TU REVES ?
on ne va pas y passer toute la vie ! "
(c’était une diversion parentale,
sensé me faire perdre mon invisible combat) .
alors … je serrais mes genoux
espérant me remettre debout ….
bientôt
je pense me mentir souvent ….
quand je me dis :
bientôt …
je me réveillerais …
…
J’aurais du me reveiller pourtant …
…
Et j’aurais du m’en douter…
Le fameux jour où ils sont tous arrivés
avec leurs tours en fer, leurs caméras en armes,
leur porte voix à fond, leur regards arrogants,
le jour où la mémé était absente.
Ils ont monté une régie dans son grenier,
ils ont jeté les clés, les dés aussi ...
La mémé rentrée, l’émission pu commencer.
Ainsi chaque soir à 18h30,
zoom, travelling, gros plan sur la misère,
spectacle édifiant sur la solitude.
Voyez, messieurs, mesdames ce qui arrive,
quand tout et tous vous abandonnent ...
C’est tant banal que ça en est de l’art,
s’écrie en cœur l’intelligentsia happée,
même le foot au comptoir des bistrots,
laisse place aux journées de la mémé …
Pour mettre un peu de piment dans l’émission
ils ont trouvé un neveu, lointain aïeul,
en mal de spot light pour éclairer sa vie,
il raconta en quelques mots vendeurs :
Pourquoi et comment elle n’avait pas eu d’enfants,
que les vieux la disaient pas farouche,
que les sous bois tremblaient les soirs de bals,
qu’un jour elle fut enceinte, on ne sait comment,
que le bébé fut mort né bizarrement …
De suite après, je les aie vus installer
une plaque en plexiglas où c’était gravé,
ceci pour les touristes accourus de France.
Vraiment dingue tout se qui peut se dire
à propos de quelqu’un sans importance.
C’est un scandale, je me dis chaque soir,
au fond du canapé, whisky glace en main,
mais c’est intéressant … euh … sociologiquement.
Jusqu'à quand ça va durer ? Disent des gens,
suspendus à un col du fémur, une glissade,
une mauvaise grippe, une diarrhée mal soignée,
Soucieux de maintenir l’audience,
les producteurs, la chaîne, les sponsors,
décidèrent d’enfin planifier la fin.
Fut organisé par SMS pas cher,
des paris sur la mort de la grand-mère.
L’heureux gagnant pour un simple appel,
gagne une année sabbatique au soleil,
et, quelle chance ... un passage à la télé.
Dans toute la France, les home-cinémas
guettèrent, l’ombre d’un dernier souffle.
Jusqu’au soir, en plein prime time,
la mémé libera l’antenne à jamais,
sa disparition fut homologuée par deux huissiers …
Le monde est minuscule, voyez vous,
car un des deux gagnant était, c’est dingue,
Son livreur de lait qui passait tout les jours …
Les français éplorés furent rassurés,
des dvd best-of sortiront demain.
Mais ce n’est pas tout !
pour nous la vie continue.
C’est une chance d’être en spectacle.
Postulez mairies, maison de retraites,
publicité gratuite pour le gagnant.
Bientôt de nouveau sur vos écrans
vie et mort des mémés, saison 5 …
Il m’arrive de passer à juste à coté,
de cette vieille maison devenue musée,
dont je connais les moindres coins, via mon écran.
Quand je rentre chez moi, un peu après.
Là, tout au fond, au fond du canapé …
Un whisky glace à la main ……
je pleure
…
Fin
( page dressée avec le mot FIN )
dès qu’elle est trouvée
plus la peine
la peine d’aller plus loin
c’est comme une caresse
la plus belle
celle du souvenir final
le reste, au bout du compte
n’est que coloriage
entre elle et tout début
mais là
j’ai pris une sacrée avance
et de l’avoir mis maintenant
ça libère
mais sans rester sur ma fin
le bizarre de cette histoire sera bien de mettre
le début à la fin
restons logique
l’un ne va pas sans l’autre
inversement
euh …
Il était une fois …
( page dressée avec
« il était une fois »)
…
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